
Pourquoi Marc Chagall était-il fasciné par Moïse et l’Exode ? De ses vitraux aux illustrations bibliques, le peintre juif a fait de ce récit un fil rouge de son œuvre et un pont entre les religions.
Le 28 septembre 2026, le Pape Léon XIV s’émerveillait dans la cathédrale Saint-Étienne de Metz : “Dans ce lieu de lumière, la splendeur des vitraux historiques s’est récemment enrichie du génie de Marc Chagall. Les œuvres de ce grand peintre juif, enchâssées dans les murs de la cathédrale, transforment la « Lanterne du Bon Dieu » en un symbole œcuménique et de dialogue interreligieux extraordinaire.”
Ceux qui sont sensibles à son art le connaissent déjà bien. Chagall : la couleur ; Chagall : la poésie. Mais connaissez-vous le Chagall spirituel ? Et savez-vous d’où vient sa fascination toute particulière pour le Livre de l’Exode et la figure de Moïse en particulier ?
« J’habite la Bible comme on habite un pays »
Chagall voit le jour en 1887 à Vitebsk (actuelle Biélorussie). Son nom de naissance est Moïse. Il grandit dans une famille juive. À cette époque, la vie des populations juives est profondément marquée par le climat antisémite de la Russie tsariste. Confinement dans une région spécifique appelée la « Zone de Résidence » (dont Vitebsk fait partie), accès aux écoles secondaires publiques et aux universités strictement limité pour les enfants juifs, menace constante de violences antisémites et de pillages (pogroms)...Chagall fuit : à Saint-Pétersbourg, puis à Paris où il se fait appeler Marc, dès son arrivée en 1910. Les thèmes de l'exil, de la persécution et de la délivrance ne sont alors absolument pas abstraits pour lui.
À partir des années 1930, Chagall entreprend un travail considérable autour de la Bible. Il visite la Palestine en 1931, puis réalise une série de gouaches consacrées aux récits bibliques (le grand Message biblique de 1950-1966). En 1957, il réalise une magnifique céramique murale représentant La traversée de la mer Rouge et des vitraux pour l'église Notre-Dame de toute Grâce du plateau d’Assy (Haute-Savoie), puis le livre illustré The Story of the Exodus en 1965-1966.
Ce thème de l’Exode reviendra alors constamment dans son œuvre, comme en 1968, aux Gobelins, quand il réalise une immense tapisserie L'Exode, destinée à la Knesset de Jérusalem, puis la grande mosaïque située dans le baptistère de la cathédrale Notre-Dame de la Nativité de Vence qui représente l'épisode biblique de Moïse sauvé des eaux, en 1979. Chagall a alors 92 ans ; l’Exode l’aura occupé pendant près de cinquante ans !
Comme Vincent Van Gogh écrivit un jour : “Le tournesol est à moi, en quelque sorte”, Chagall aurait pu écrire : “Moïse est à moi, en quelque sorte”...
N'empêche que si Moïse est à Chagall, il ne cesse de l'offrir au monde, notamment dans cette belle cathédrale de Metz et toujours auréolé de ses rayons de lumière. Il embellira également la cathédrale de Reims, avec notamment des scènes du Nouveau Testament.
Cependant, cette représentation des thèmes chrétiens, ne signifie pour lui ni une négation du judaïsme, ni une conversion au christianisme.
Chagall se définissait avant tout comme un artiste œuvrant pour le rapprochement et la réconciliation des cultures à travers le prisme de la poésie biblique.
Chagall, symbole d’œcuménisme
Chagall aura passé sa vie à jeter des ponts visuels et spirituels entre le judaïsme, le catholicisme et le protestantisme, convaincu que la Bible était un texte universel. Il peint des Christ en croix qui personnalisent le martyr et les persécutions du peuple juif. Il fascine le monde chrétien tout en restant profondément ancré dans l’identité juive. Il réalise des vitraux aussi bien pour une synagogue à Jérusalem, que pour les cathédrales ou encore des édifices protestants. Il dira avec humour : « Je suis certain que Rembrandt m’aime ». En effet, plusieurs illustrations bibliques effectuées par Chagall rappellent les gravures du grand peintre protestant de l’Ecole hollandaise.
Marc Chagall aura ainsi prouvé que la spiritualité et l’art pouvaient unir les peuples au-delà des dogmes et des tragédies de l’Histoire.
L’Exode, un récit à portée universelle
Car l'histoire de Moïse parle à chacun, et celle d'Israël à tous les peuples.
Difficile de ne pas se reconnaître dans ces dialogues savoureux où Moïse cherche à échapper à sa mission : « Pardon, mon Seigneur, mais moi, je n’ai jamais été doué pour la parole” (Ex 4,10), « Je t’en prie, mon Seigneur, envoie n’importe quel autre émissaire. » (Ex 4,13) Dieu fait pourtant de lui le plus grand des Prophètes : “Il ne s’est plus levé en Israël un prophète comme Moïse, lui que le Seigneur rencontrait face à face” (Dt 34,10).
Moïse est celui qui révèlera les Dix commandements à ce peuple “à la nuque raide” préférant adorer le veau d'or, récriminant contre son Dieu dans la sécheresse de ce désert sans fin, se sentant abandonné, malgré la manne, les vols de cailles et la source qui jaillit du rocher, toujours grâce à Moïse.
Moïse les admoneste et les encourage à avoir confiance en Dieu, à ne pas trahir l’Alliance et à écouter, par sa bouche, la voix de Dieu. Car “L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de chaque parole qui sort de la bouche du Seigneur”.(Dt 8,3)
L'Exode, en plus d'être un des plus anciens textes de l'humanité, est avant tout l'histoire d’un homme qui apprend à écouter Dieu, et d’un peuple qui apprend à écouter Dieu par la bouche de cet homme.
C'est l'origine de la Pâque juive, puis de la Pâques chrétienne.
Bref, un récit incontournable sur le plan à la fois spirituel et culturel.
Redécouvrir Chagall dans son musée
Inauguré en 1973, le Musée Marc Chagall à Nice est un chef-d’œuvre unique conçu du vivant de l’artiste. Chagall a fait don à l’Etat français de 17 toiles majeures illustrant le Genèse, l’Exode et le Cantique des Cantiques. Son but est alors de créer un lieu de spiritualité et de paix universelle, au-delà de toutes les religions.
C’est dans ce musée que sont toujours conservées les 24 lithographies originales en couleurs du Livre de l’Exode, édité en 1966 en 285 exemplaires, par Léon Amiel (établi à Paris et à New York) et imprimé à Paris par Fernand Mourlot. Pour des raisons de conservation, elles ne sont visibles que lors d’expositions temporaires.
Soixante ans plus tard, une nouvelle édition permet aux familles de découvrir ces œuvres et, à travers elles, le grand récit biblique de la sortie d'Égypte.
L’auteur, Flore de Hauss-Boncza, a conçu ce recueil de 14 œuvres - accompagnées de 14 extraits de la Bible (traduction officielle liturgique) - dans l’esprit d’une lecture intergénérationnelle, adaptée aux familles et aux enfants à partir de 7 ans.
Un livre haut en couleurs, enrichi d’un Quiz sur l’artiste d’une double-page, à découvrir dans la Boutique en ligne.
> Le livre de l’Exode avec l’artiste Chagall, collection “La Bible avec un artiste”, L’Hortense Editions, 15 €
Parution le 22 octobre 2026
Article publié sur le site Web de Famille Chretienne - 20/10/26